


Je viens d'acquérir une machine que je souhaitais depuis un certain temps : le célèbre Mac Pro 2013 (MacPro6,1, A1481), surnommé « Trash Can » en raison de son étonnant design cylindrique. Ce Mac Pro occupe une place particulière dans l'histoire d'Apple. Le prix de cette acquisition : environ 350 €. Plus de douze ans après sa commercialisation, cette machine est évidemment très éloignée des performances des Mac Apple Silicon actuels. Mais elle reste particulièrement intéressante par son architecture, son design et surtout ses possibilités d'évolution. Une caractéristique devenue rare chez Apple. Le processeur Intel Xeon est remplaçable. Il y a quatre emplacements de RAM. Possibilité de mettre en place 4 barettes mémoire de 16Go chacune. Le SSD reste amovible et remplacable lui aussi.
Le Mac Pro 2013 est construit autour d'un cœur thermique triangulaire. Le processeur et les deux GPU sont disposés autour de ce dissipateur central. Un unique ventilateur aspire l'air frais par la partie inférieure de la machine avant d'évacuer l'air chaud par le sommet. Même aujourd'hui, le Mac Pro 2013 ne ressemble pratiquement à aucun autre ordinateur.
Il est possible d'acheter aujourd'hui un Mac Pro relativement modeste et de considérablement améliorer sa configuration. Mon exemplaire est équipé d'un processeur Intel Xeon E5 6 cœurs cadencé à 3,5 GHz, accompagné de deux cartes graphiques AMD FirePro D300 disposant chacune de 2 Go de mémoire GDDR5.
Pour mesurer à quel point la valeur du Mac Pro a évolué, il faut revenir au 19 décembre 2013, date de sa commercialisation. Apple proposait alors deux configurations principales en France.
- Le premier Mac Pro coûtait 2 999 € TTC. Il était équipé d'un processeur Xeon E5 quadricœur à 3,7 GHz, de 12 Go de RAM, d'un SSD PCIe de 256 Go et de deux AMD FirePro D300 de 2 Go.
- Le second coûtait 3 999 € TTC. Il passait au Xeon E5 6 cœurs à 3,5 GHz, 16 Go de RAM et deux FirePro D500 de 3 Go, tout en conservant un SSD de 256 Go.
Des options permettaient ensuite de passer à 8 ou 12 cœurs, aux FirePro D700, à 64 Go de RAM et jusqu'à 1 To de stockage.
Une configuration maximale pouvait ainsi devenir extrêmement coûteuse.
Le marché de l'occasion est extrêmement variable. Le processeur joue évidemment un rôle, mais les trois éléments qui influencent fortement la valeur d'une machine sont :
- les GPU D300, D500 ou D700
- la quantité de RAM
- la capacité du SSD
L'état esthétique, l'entretien et le type de vendeur peuvent également faire varier considérablement le prix. En France, on peut actuellement considérer les fourchettes suivantes comme raisonnables.
| Configuration | Prix intéressant | Prix courant | À éviter au-dessus de |
|---|---|---|---|
| 4-Core / D300 | 150–200 € | 200–250 € | ~300 € |
| 6-Core / D300 | 180–250 € | 250–320 € | ~350 € |
| 6-Core / D500 | 250–320 € | 300–400 € | ~450 € |
| 8-Core / D500 | 300–380 € | 350–450 € | ~500 € |
| 12-Core / D500 | 350–450 € | 400–550 € | ~600 € |
| 6/8-Core / D700 | 350–450 € | 400–550 € | ~600 € |
| 12-Core / D700 | 450–550 € | 500–650 € | ~700 € |
Sur un Mac Pro 2013 acheté aujourd’hui, la D700 est la plus performante des trois, mais elle comporte un risque de fiabilité qui doit peser lourd dans la décision d’achat. Apple a reconnu à l’époque des problèmes graphiques sur certains Mac Pro équipés de D500 et D700, au point de mettre en place un programme de réparation. Les machines concernées pouvaient présenter des artefacts vidéo, des gels, des redémarrages, des extinctions ou même ne plus démarrer. Le programme concernait officiellement certaines machines fabriquées entre le 8 février et le 11 avril 2015 et prévoyait le remplacement des deux cartes graphiques.
La D700 est une carte beaucoup plus puissante que la D300. Chaque D700 possède 6 Go de VRAM et le Mac en embarque deux. Mais cette puissance est justement associée à une configuration graphique haut de gamme enfermée dans le châssis thermique extrêmement compact du Mac Pro. Le problème n'est pas de dire que toutes les D700 vont tomber en panne. De nombreux Mac Pro D700 fonctionnent toujours correctement. En revanche, les problèmes de GPU sur cette génération sont suffisamment documentés pour qu'une D700 d'occasion de plus de dix ans doit être achetée avec prudence. Des utilisateurs ont notamment rapporté des artefacts, plantages et problèmes apparaissant sous charge. Le second problème est plus gênant encore en 2026. Si une D700 tombe en panne, la réparation n'est pas aussi simple qu'un changement de carte graphique dans une tour PC. Les GPU du Mac Pro sont des modules propriétaires. Leur remplacement demande un démontage conséquent, jusqu'au retrait de la carte logique et à la réapplication de pâte thermique. Il faut aussi apporter une nuance importante. La D500 était elle aussi concernée par le programme de réparation d'Apple. Mais, on ne peut donc pas affirmer que la D700 est un mauvais gpu et que la D500 est fiable ». Il existe beaucoup de témoignages différents sur la fiabilité à long terme des trois modèles. Certains propriétaires considèrent la D500 comme la configuration la plus stable, mais ce sont des retours d'expérience et non des statistiques suffisamment robustes pour établir un taux de panne précis. La D300 quant à elle, n'était pas officiellement mentionnée dans le programme de réparation D500/D700. Cela ne signifie toutefois pas qu'elle est immunisée. Des propriétaires de D300 ont également rapporté des problèmes graphiques.
Concernant mon acquisition, Il y a une nuance historique importante à signaler. Le Mac Pro 6 cœurs 3,5 GHz n’était pas vendu de série avec les D300 au lancement. En décembre 2013, Apple vendait le 6 cœurs avec deux D500 3 Go pour 3 999 € TTC en France. Le modèle D300 à 2 999 € était le quadricœur 3,7 GHz. Mon exemplaire avec un processeur 6 cœurs et des gpu D300 est vraisemblablement une configuration modifiée au cours de sa vie (CPU remplacé, ou modules graphiques changés), plutôt qu'une configuration standard Apple de décembre 2013. Une hypothèse particulièrement plausible est qu'il s'agissait initialement d'un Mac Pro D300 équipé du Xeon 4 cœurs et que son processeur a ensuite été remplacé par le Xeon E5-1650 v2 6 cœurs.
Le processeur de ma machine est un Intel Xeon E5-1650 v2, basé sur l'architecture Ivy Bridge-EP.
Il dispose de :
- 6 cœurs / 12 threads
- 3,5 GHz de fréquence de base
- jusqu'à 3,9 GHz avec Turbo Boost
- 12 Mo de cache L3
Sa fréquence relativement élevée rend cette version particulièrement intéressante. Un processeur 12 cœurs n'est pas nécessairement plus rapide dans toutes les situations. Les applications utilisant peu de threads peuvent profiter davantage des fréquences élevées du 6 cœurs. Le Xeon est également installé sur un véritable socket LGA2011. Il est donc possible de remplacer le processeur. C'est l'une des améliorations que j'envisage pour cette machine.
Les GPU D300 resteront la principale limitation. En effet, les cartes graphiques sont beaucoup plus problématiques à faire évoluer. Contrairement au CPU, à la RAM ou au SSD, les GPU du Mac Pro utilisent des modules propriétaires conçus spécifiquement pour cette machine. Il faut donc considérer mes Dual D300 comme pratiquement définitives. C'est un élément important à prendre en compte avant d'investir beaucoup d'argent dans les autres améliorations. L'objectif n'est pas de transformer cette machine de 2013 en station de travail moderne, mais plutôt de trouver jusqu'où il est possible de pousser cette architecture avec un budget raisonnable.
Coté mémoire, le Mac Pro possède déjà 32 Go de mémoire. C'est un point particulièrement intéressant de cette configuration. La mémoire ECC — Error-Correcting Code — est principalement destinée aux stations de travail et aux serveurs. Elle est capable de détecter et corriger certains types d'erreurs mémoire. Avec 32 Go, la machine dispose déjà d'une capacité confortable pour de nombreux usages : multitâche, développement, production audio, machines virtuelles et logiciels professionnels. Le Mac Pro dispose de quatre emplacements mémoire très facilement accessibles. Il reste donc possible de passer à 64 Go si mes besoins l'exigent. En revanche, avec 32 Go déjà installés, l'upgrade mémoire n'est pas une priorité immédiate.
La machine possède également un SSD d'environ 500 Go. C'est déjà nettement plus confortable que le SSD de 256 Go livré avec les configurations standard au lancement. Autre avantage du Mac Pro 2013 : son SSD reste amovible. Il sera donc possible, si nécessaire, de passer ultérieurement à 1 ou 2 To. Mais pas pour le moment pour cause de pennurie de puces. Avec un adaptateur approprié et un firmware compatible, certains SSD NVMe M.2 modernes peuvent également être utilisés. Comme pour la RAM, les 500 Go actuellement présents permettent cependant d'utiliser immédiatement la machine sans devoir effectuer cet investissement.
Pour le système d'exploitation, il faut distinguer la compatibilité officielle Apple de ce qu'on peut installer avec OpenCore Legacy Patcher (OCLP). Apple indique toujours que macOS Monterey est le dernier système officiellement compatible avec le Mac Pro 2013. Avec OpenCore Legacy Patcher, la situation devient beaucoup plus intéressante. OCLP prend explicitement en charge le MacPro6,1, mais les FirePro D300/D500/D700 deviennent des GPU « Legacy Metal » à partir de MacOS Ventura et nécessitent des correctifs graphiques.
| MacOS | Mac Pro 2013 | Mon avis pour ta D300 |
|---|---|---|
| Monterey 12 | ✅ Natif Apple | Stabilité maximale |
| Ventura 13 | ⚠️ OCLP | Bon choix |
| Sonoma 14 | ⚠️ OCLP | Très intéressant |
| Sequoia 15 | ⚠️ OCLP | Possible, mais plus de compromis |
| Tahoe 26 | ❌ pas dans la cible officiellement supportée par l'OCLP stable documenté actuellement | Je déconseille pour cette machine |
| Golden Gate 27 | ❌ | À écarter |
Pour ma part, Je vise MacOS Sequoia avec OCLP tout en conservant un système raisonnablement adapté à son matériel. Avec ces 32 Go de RAM, la mémoire ne sera absolument pas le problème. Le point délicat est plutôt la FirePro D300, car Sequoia nécessite des root patches OCLP pour restaurer correctement l'accélération des anciens GPU AMD GCN. MacOs Sequoia sera au préalable installé sur un SSD externe afin de vérifier la compatibilité tout en gardant MacOs Monterey sur le SSD interne.
Pour un peu moins de 350 €, ce Mac Pro 2013 constitue finalement une acquisition particulièrement intéressante à expérimenter. Avec son Xeon E5 6 cœurs à 3,5 GHz, ses 32 Go de mémoire ECC, son SSD interne de 500 Go et ses deux FirePro D300, la machine possède encore une configuration cohérente malgré son âge. Je vais volontairement conserver MacOS Monterey sur le SSD interne, puisqu'il s'agit de la dernière version officiellement prise en charge par Apple sur le Mac Pro 2013. L'expérimentation se fera donc sans modifier cette installation avec MacOS Sequoia qui sera installé sur un SSD externe à l'aide d'OpenCore Legacy Patcher (OCLP). Cette solution permettra de tester Sequoia, sa compatibilité avec les FirePro D300 et les performances générales de la machine tout en conservant une installation Monterey fonctionnelle sur le SSD interne. En cas de problème avec Sequoia ou avec les correctifs graphiques nécessaires aux D300, je pourrai ainsi redémarrer sur Monterey. Mais l'évolution de ce Mac Pro ne s'arrêtera pas là. Dans quelques mois, je prévois également de remplacer le processeur. Le Mac Pro 2013 possède en effet une caractéristique devenue particulièrement rare sur les Mac. Son Xeon est installé sur un socket LGA2011 et peut donc être remplacé. La machine est actuellement équipée d'un Xeon E5-1650 v2 à 6 cœurs et 12 threads, cadencé à 3,5 GHz. L'objectif sera de passer à un Xeon possédant 12 cœurs, avec plusieurs possibilités intéressantes dans la famille Xeon E5 v2. Cette modification fera l'objet d'une seconde étape du projet. Elle permettra également de réaliser des benchmarks avant et après le changement afin de mesurer précisément le gain obtenu.
L'objectif n'est pas de transformer ce Mac Pro en équivalent d'un Mac Apple Silicon moderne. Il s'agit plutôt de découvrir jusqu'où il est encore possible de pousser cette architecture plus de douze ans après sa sortie.
jusqu'où peut-on pousser un Mac Pro 2013 en 2026 sans perdre ce qui fait son intérêt : une machine compacte, silencieuse, évolutive et relativement peu coûteuse ?